Sommaire
- Quel est le délai de réclamation selon l’impôt ?
- Quel délai s’applique après un contrôle fiscal ?
- Quelles autres exceptions modifient le délai ?
- Comment déposer une contestation dans les délais ?
- Foire aux questions
Le délai de prescription d’une réclamation d’impôts dépend de l’impôt en cause, de la date de mise en recouvrement ou du versement, et parfois d’un contrôle ou d’un événement particulier. Vos propres documents permettent de calculer cette échéance, de repérer les exceptions qui la décalent et de déposer une demande recevable.
Quel est le délai de réclamation selon l’impôt ?
Le délai de réclamation contentieuse est la période pendant laquelle le contribuable peut contester une imposition devant l’administration. Ses règles générales figurent principalement aux articles R*196-1 et R*196-2 du Livre des procédures fiscales. La durée de ce délai dépend à la fois de l’impôt contesté et de l’acte qui le fait courir.

Les échéances selon l’impôt contesté
Pour l’impôt sur le revenu et l’IFI, la réclamation doit en principe être déposée au plus tard le 31 décembre de la deuxième année suivant la mise en recouvrement. Ainsi, un impôt sur le revenu mis en recouvrement en 2026 peut être contesté jusqu’au 31 décembre 2028. Pour les impôts locaux, dont la taxe foncière et la CFE, le délai est plus court : il expire le 31 décembre de l’année qui suit la mise en recouvrement.
Pour les impôts payés spontanément, la date du versement remplace la mise en recouvrement. Une TVA versée le 15 juin 2025 peut ainsi être contestée jusqu’au 31 décembre 2027, et la même règle vaut pour l’impôt sur les sociétés. Pour la CVAE, en revanche, l’échéance est fixée au 31 décembre de l’année suivant le versement.
| Impôt | Point de départ | Fin du délai général | Exemple |
| Impôt sur le revenu, IFI | Mise en recouvrement | 31 décembre de la 2e année suivante | 2026 → 31 décembre 2028 |
| Taxe foncière, taxe d’habitation sur les résidences secondaires, CFE | Mise en recouvrement | 31 décembre de l’année suivante | 2026 → 31 décembre 2027 |
| TVA, impôt sur les sociétés acquittés spontanément | Versement | 31 décembre de la 2e année suivante | 15 juin 2025 → 31 décembre 2027 |
| CVAE payée spontanément | Versement | 31 décembre de l’année suivante | — |
Le point de départ à vérifier
Pour un impôt établi par voie de rôle, c’est la date de mise en recouvrement de l’impôt inscrite sur votre avis d’imposition qui compte. Ni la date d’impression, ni l’échéance de paiement, ni un paiement ultérieur ne font repartir le délai. Dès lors, un impôt sur le revenu mis en recouvrement en 2026 mais reçu en janvier 2027 (situation hypothétique) reste, en principe, contestable jusqu’au 31 décembre 2028.
Si l’avis ne vous est jamais parvenu, le délai ne court, selon le BOFiP, qu’à partir du moment où vous avez eu connaissance de la mise en recouvrement. Lorsqu’un avis de mise en recouvrement est émis, le délai part de sa remise effective à vous ou à votre représentant. À défaut d’avis préalable, c’est le versement qui fait courir le délai, et non la mise en recouvrement.
Quel délai s’applique après un contrôle fiscal ?
Un contrôle fiscal peut rouvrir vos possibilités de contestation au-delà du délai général. L’article R*196-3 du Livre des procédures fiscales accorde en effet un délai spécial au contribuable qui a fait l’objet d’une procédure de reprise ou de rectification. Sa durée correspond à celle dont dispose l’administration pour l’imposition concernée : elle n’est donc pas systématiquement de trois ans.

L’ouverture et le point de départ du délai spécial
Le point de départ varie selon la procédure suivie par l’administration. Le BOFiP distingue trois situations :
- Rectification contradictoire : le délai part de la réception de la proposition de rectification.
- Régularisation spontanée : le délai court à partir de la présentation de la demande de régularisation.
- Imposition d’office : Le délai spécial court à compter de la réception de la notification si les bases ont été notifiées au préalable et à compter de la mise en recouvrement de l’imposition lorsque l’imposition d’office est mise en recouvrement sans notification préalable des bases ou éléments de calcul.
En rectification contradictoire, ni la première visite du vérificateur, ni la clôture du contrôle, ni la mise en recouvrement du supplément ne fixent le point de départ. Pour se ménager la preuve, mieux vaut conserver l’enveloppe ou l’accusé de réception de la proposition.
Les impositions concernées par le redressement
Ce délai spécial suppose une procédure de reprise ou de rectification effectivement engagée. Une vérification de comptabilité qui ne débouche sur aucune rectification ne suffit donc pas à l’ouvrir.
Lorsque la procédure est engagée, le délai couvre les suppléments issus du redressement. Il couvre aussi les impositions primitives des années ou exercices visés. Vous pouvez ainsi contester, en plus du rappel, une erreur affectant l’imposition initiale de la même période.
En revanche, il ne s’étend pas automatiquement aux autres impôts ou périodes examinés pendant le contrôle. Attention au risque de requalification : une proposition de rectification visant l’impôt sur les sociétés n’ouvre pas, à elle seule, le délai spécial pour la TVA contrôlée sans rectification.
Le calcul et les limites du délai spécial
Lorsque la durée applicable est de trois ans, une société qui reçoit une proposition de rectification le 15 mai 2024 peut réclamer jusqu’au 31 décembre 2027, selon l’exemple qui illustre la réclamation contentieuse dans le BOFiP. La jurisprudence apporte ici une précision : en taxe foncière, une procédure de réparation d’erreurs ou d’omissions permet de contester le supplément et l’imposition primitive de la même année, sans dépasser le 31 décembre de l’année suivante (CE, 15 janvier 2025, n° 467615). Ce délai ne rend pas recevable, après coup, une ancienne réclamation tardive. Une nouvelle réclamation peut toutefois être déposée pendant ce délai.
Quelles autres exceptions modifient le délai ?
En dehors du contrôle, certains faits peuvent aussi ouvrir un nouveau délai de réclamation. Ces exceptions restent encadrées par des conditions précises. Il faut donc distinguer les événements qui comptent de ceux qui ne produisent aucun effet.
Un événement directement lié à l’imposition
L’article R*196-1 du Livre des procédures fiscales permet, sous conditions, de calculer le délai à partir d’un événement qui motive directement la réclamation. Le délai court alors de cet événement, et non de la mise en recouvrement ou du versement.
Selon le BOFiP, cet événement doit avoir un lien direct avec la situation du contribuable, ou avec l’assiette ou le calcul de l’imposition contestée. Un fait qui touche seulement le contexte général de l’impôt ne remplit pas cette condition.
Selon les circonstances, il peut s’agir d’une disposition rétroactive, d’une décision judiciaire qui fixe rétroactivement votre situation personnelle ou d’un fait ouvrant directement droit à restitution. Sous réserve de l’appréciation du juge, chaque cas appelle une analyse précise de ce lien.
Les erreurs et décisions sans effet automatique
Une erreur commise dans une déclaration peut tout à fait justifier une demande de réduction ou de restitution. Encore faut-il que la réclamation soit déposée dans le délai applicable à l’impôt concerné.
Ainsi, déposer une réclamation sur ses impôts à la suite d’une erreur de déclaration découverte tardivement ne fait pas repartir le délai. Il en va de même d’une erreur de comptabilité ou d’interprétation de la loi : la date de la découverte reste sans incidence.
De même, une décision de justice ou une évolution de la jurisprudence fiscale ne rouvre pas, à elle seule, le délai général. Un arrêt favorable rendu dans une autre affaire ne vous permet donc pas de contester une imposition déjà prescrite.
Les retenues à la source depuis 2026
Le Conseil d’État a jugé illégal le délai plus court qui s’appliquait à certaines retenues à la source et à certains prélèvements (CE, 16 février 2026, n° 500909). Le décret n° 2026-692 du 27 juillet 2026, en vigueur depuis le 30 juillet 2026, a supprimé ce délai réduit d’un an. Les retenues visées relèvent désormais du délai général de deux ans de l’article R*196-1.
Ce délai s’applique toutefois sous réserve des règles propres à chaque imposition. Il faut notamment distinguer les retenues qui constituent un acompte d’impôt de celles qui forment une imposition autonome.
Avant de calculer votre délai de réclamation
- Anticipez les conséquences fiscales de chaque décision
- Conservez toutes les pièces justificatives
- Respectez strictement les délais de réponse et de recours
- Faites-vous conseiller avant de signer un acte
Comment déposer une contestation dans les délais ?
Respecter l’échéance ne suffit pas : la demande doit aussi être recevable sur la forme et sa date doit pouvoir être prouvée. Ces deux exigences conditionnent la suite du dossier, jusqu’au juge.

Le contenu de la demande
Une réclamation préalable est obligatoire avant de saisir le tribunal. Elle peut invoquer une erreur de calcul, une omission ou un désaccord sur l’application du droit. L’article R*197-3 du Livre des procédures fiscales en fixe notamment le contenu :
- L’imposition contestée : l’impôt et la période visés, identifiés sans ambiguïté.
- Les moyens : les arguments de fait et de droit qui fondent la contestation.
- Les conclusions : la réduction ou la restitution demandée.
- La signature et une pièce : l’avis ou le justificatif du versement contesté.
Un oubli n’est pas toujours fatal : une signature manuscrite manquante peut être régularisée dans les 30 jours suivant l’invitation de l’administration fiscale. La pièce justificative peut, elle aussi, être produite plus tard.
L’envoi et la preuve de sa date
Un particulier peut écrire depuis la messagerie sécurisée de son espace fiscal, par courrier ou au guichet. Une entreprise utilise la messagerie de son espace professionnel ou un courrier. Selon le BOFiP, c’est la date d’envoi qui compte : l’accusé d’enregistrement pour un envoi électronique, le cachet postal pour un courrier envoyé par courrier recommandé avec accusé de réception.
Côté sécurisation du dossier : rassemblez l’avis d’imposition, le justificatif de versement le cas échéant et, après un contrôle, la proposition de rectification avec sa preuve de réception. La copie de la demande et son accusé complètent ce dossier en établissant le contenu et la date de dépôt.
La réponse et les recours possibles
Selon l’article R*198-10 du Livre des procédures fiscales, l’administration dispose normalement de six mois pour statuer, prolongeables de trois mois au plus si elle vous en informe avant l’échéance. Ce délai concerne la décision, pas le remboursement effectif. Après un rejet explicite, vous disposez en principe de deux mois pour saisir le juge. Après six mois de silence, vous pouvez le saisir sans attendre, aucun délai ne vous étant opposable avant un rejet explicite (CE, 21 octobre 2020, n° 443327).
La réclamation ne suspend pas automatiquement le paiement : un sursis doit être demandé expressément selon l’article L.277 du Livre des procédures fiscales. Le tribunal administratif juge notamment l’impôt sur le revenu, l’impôt sur les sociétés, la TVA, la CFE et la taxe foncière, et le tribunal judiciaire l’IFI. Yonan Mercadier Avocat consacre au contentieux fiscal et au référé contre les actes de recouvrement plusieurs actualités en droit fiscal.

Contestez votre imposition dans les délais
Maître Yonan-Mercadier, docteure en droit fiscal, vérifie avec vous le délai applicable et la recevabilité de votre réclamation. Le premier rendez-vous d’orientation est gratuit.
Foire aux questions
Que se passe-t-il si la réclamation est déposée après l’expiration du délai ?
Elle est en principe irrecevable. L’administration conserve une faculté de dégrèvement d’office, prévue à l’article R*211-1 du Livre des procédures fiscales, mais celle-ci ne vous donne pas un droit général au remboursement une fois le délai expiré.
Une réclamation déposée trop tôt est-elle valable ?
Une réclamation déposée avant le fait déclencheur requis peut être jugée prématurée. Selon le BOFiP, elle doit alors être renouvelée dans le délai réglementaire.
La saisine du conciliateur fiscal ou du médiateur suspend-elle le délai de recours devant le juge ?
Non. Le délai de recours devant le juge continue de courir pendant la saisine du conciliateur fiscal ou du médiateur.